lundi 28 mai 2007

Mon héroïne préférée

Ces petites choses qui font une journée, ces petites choses qui font une semaine, une vie.

Mercredi dernier j'ai marché pour aller travailler. Finalement, une heure de marche seulement. Je suis quand même arrivée crevée à l'école où je fais l'aide aux devoirs. Puis, prendre l'autobus pour revenir chez-moi, grâce à l'heure de pointe. Une fois à la maison, préparer mon cours de français que je donne le soir-même. Remarcher une heure pour aller donner le cours. Et rentrer en taxi parce que, vraiment, là, je n'en peux plus...

Le lendemain, aller travailler en taxi parce que mes pieds vont se détacher de mon corps si je marche encore plus de 15 minutes dessus. Encore une fois, grâce à l'heure de pointe, reprendre l'autobus, et cette fois, me rendre chez ma mère.

Sur la rue Bernard, acheter une trotinette, parce que bientôt c'est mon porte-feuille qui n'en pourra plus. Ça changera le mal de place. Mais surtout, le pur éclat de joie enfantine dans les yeux de ma mère lorsqu'elle essaie ma trotinette dans son corridor. À ce prix là, je m'en racheterais une par semaine pour revoir cette étincelle si rare !

Chez ma mère, faire des boîtes, des boîtes et encore des boîtes, afin de préparer son déménagement prochain. C'est long 25 ans à mettre en boîte. Surtout lorsqu'on s'attarde aux petits pyjamas, aux petites robes, aux porte-bébés conservés en parfait état toutes ces années. Surtout lorsqu'on tombe sur la lettre écrite par son père à sa mère avant sa naissance pour lui dire qu'il ne sera plus jamais dans sa vie, ni dans la mienne.

Cette lettre, comme une bombe reçue sur la gueule. Comme un père reçu sur la gueule. Avoir l'impression que ma mère l'a couvert toutes ces années. Pour ne pas que j'aie de lui une image fausse, négative. Et pourtant... Jusqu'ici je dois dire que je ne comprenais pas son choix, mais je lui gardais quand même un certain respect à ce père mytiquement absent. Après avoir lu cette lettre, j'aurais plutôt envie de lui tordre le cou à retardement. De l'abattre de coups et d'envoyer mes amis imaginaires lui casser les jambes.

Cette lettre, cette lâcheté mise à jour.
Définitivement, ma vie n'est pas un roman.
Mais l'idée de ma mère, seule à l'été 79, rassemblant toutes ses forces pour que son bébé grandisse, pour mettre au monde son enfant, jurer de le protéger, et de l'aimer, l'aimer, l'aimer.
Ma mère est une héroïne de roman.
Et mon héroïne préférée.
Parce qu'elle m'a mise au monde, parce qu'elle m'a protégée comme une lionne ses petits, parce qu'elle m'a aimé comme une force de la nature et qu'elle continue de le faire aujourd'hui.
Ma vie est peuplée d'héroïnes. Fantasque, chaque fois que je lis un bon livre, je fais une place dans mon coeur pour ses femmes imaginaires. Mais parmi toutes les Angélique, les Sissi, les Adélaïde, les Fanfan, les Édith, les Margot, parmi toutes ces femmes, ou ces idées de femmes, ma mère reste mon héroïne préférée.

Si, jusqu'à aujourd'hui, il ne m'a rien donné, il m'aura au moins donné cela: son absence, qui m'aura permis de sentir jusque dans ma chair la qualité de ma mère, la qualité de cette femme qui a souvent marché seule, mais qui a toujours marché fière.

Comme je disais : ces petites choses qui font une journée, c'est petites choses qui font une semaine... ou une vie.

2 commentaires:

M.J.Dorion a dit…

Une pluie d'étoiles

Ha m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi...et regarder les étoiles dans ta voix.

Anonyme a dit…

Quel bel hommage. J'ai perdu mon héroïne il y a bientôt 3 ans, et je viens encore les yeux pleins d'eau quand je pense à elle. Les précieux moments : prendre le téléphone pour lui raconter nos bons coups, ou quelque chose qui vient de nous passer par la tête, savoir que peu importe ce qui arrive, on a une alliée indéfectible. Maman, je m'ennuie de toi.