Chers lecteurs...
Ce soir Andromède souhaiterait vous entretenir d'une polémique artistisque s'étant déroulée dans les derniers jours dans notre chère Capitale nationale. C'est la première fois qu'Andromède prend part à ce genre de querelle et c'est pourquoi elle souhaite partager avec vous les tenants et aboutissants de l'affaire.
Au commencement, il y eu un journaliste de l'hebdomadaire Voir de Québec (Alexandre Motulsky-Falardeau) qui publia la "pseudo-critique" suivante:
L'art actuel dans tous ses états
L'installation Réverbération, présentée au Lieu, est un exemple de la pauvreté esthétique dont sont parfois atteintes les expositions en art actuel. De surcroît, force est de constater que Le Lieu n'a pas réussi, en 25 ans d'existence, à trouver sa voie, ni à s'émanciper des beaux-arts.
L'installation a maintenant plus de 25 ans au Québec. Et depuis que le centre a ouvert ses portes et offre des expositions, on attend encore de voir vers où exactement se dirige cette pratique peu ou prou connue du grand public. Histoire de boucler la boucle, Le Lieu récidive en proposant le plus récent travail d'Yves Tremblay, le premier à avoir exposé une installation au Lieu. Avec Réverbération, l'artiste, qui vit et travaille à Chicoutimi, tente de réfléchir sur les horreurs de la guerre en esquissant "une zone conflictuelle par laquelle se produit la rencontre entre un objet militaire et [...] civique". De la civière déformée à la photographie trafiquée, en passant par le parachute qui se gonfle et se dégonfle en fonction de l'activité humaine qui se déploie dans l'espace d'exposition, ce projet est conforme au mot d'ordre de l'art actuel du Lieu, 25 ans plus tard.
Cela dit, ce qui se passe dans l'esprit des installateurs et des performateurs est symptomatique d'une société artistique qui ne sait plus trop quoi faire pour être géniale. Ces artistes, à trop chercher rien et son contraire, ne trouvent des innovations que là où ils ne peuvent qu'emprunter, sans jamais inventer quoi que ce soit, s'inspirant tantôt de la danse et de la poésie, tantôt des sculpteurs, des peintres et des graveurs - qui eux sont les véritables avant-gardistes du XXIe siècle.
Bref, au fur et à mesure qu'ils ont emprunté au théâtre, à la sculpture, à la danse ou à la poésie, les performateurs et installateurs ont oublié d'offrir quelque chose de nouveau d'un point de vue artistique. Certes, ils ont influencé le cinéma et le théâtre. Mais à vouloir tout faire en même temps, à vouloir être absolument tout à la fois et rien complètement, l'installation et la performance ne sont-elles pas devenues, conséquemment, des pratiques marginales? Et est-ce parce qu'elles n'ont pas d'objets propres et de techniques singulières - car elles ne sont que le mélange de plusieurs arts - que l'installation et la performance ont de la difficulté à se trouver un public?
Le résultat de tout cela, c'est qu'en demeurant hybrides, multidisciplinaires, pour ne pas dire transdisciplinaires, les artistes qui ont exposé des installations et fait des performances durant les 25 dernières années ne sont pas toujours parvenus à attirer un public suffisant pour qu'on puisse dire qu'ils ont "amélioré" la société - ce qui doit d'abord et avant tout être la fonction de l'art, c'est-à-dire un facteur de développement social et culturel. A contrario, à l'image de cette exposition anniversaire, la plupart des expositions de type installation et performance sont dépourvues d'originalité et de profondeur. Non pas que les causes que les artistes y défendaient et y défendent aujourd'hui par l'entremise des oeuvres exposées ne soient pas vertueuses - personne ici n'oserait s'opposer à la vertu -, c'est simplement qu'à force d'être constamment en train de rejeter les formes traditionnelles des arts visuels au profit des autres formes d'arts, telles que le théâtre ou la poésie pour ne nommer que celles-là, les dirigeants de l'art actuel de Québec en sont venus à créer une chimère dont les ramifications se font sentir partout ailleurs que dans les arts visuels. Qui plus est, alors qu'ils disent tenir un discours critique et novateur sur le monde, l'on voit les dadaïstes se retourner dans leur tombe et l'on entend Duchamp crier, du haut de son urinoir, au pastiche et au déjà vu.
Etant lui-même un artiste conceptuel de la Ville de Québec, Héraclès, le beau-frère, dit aussi l'Interventionniste, a écrit la réponse suivante sur son blogue :
« L'art est une chose beaucoup plus profonde que le goût d'une époque. »
« Plus la critique est hostile, plus l'artiste devrait être encouragé. »
(citations de Marcel Duchamp )
Monsieur Alexandre Motulsky-Falardeau,
Dans votre « critique » sur l’installation d’Yves Tremblay, que l’on peut qualifier de vendetta contre Le Lieu, centre d’art qui est reconnu mondialement pour sa qualité, son audace et sa pertinence dans le monde de l’art actuel, le lecteur s’intéressant aux « autres » formes d’arts s’aperçoit rapidement que vous n’aimez pas les installations ; ou simplement, vous ne connaissez peut-être pas le domaine de création que représente cette forme « hybride, multidisciplinaires, pour ne pas dire transdisciplinaires » d’art ?Parce que réfuter l’installation en donnant comme argument que ce n’est qu’une pratique marginale, qu’elle n’est qu’un mélange (ah ! la bâtardise qui pollue l’Art…) et que souligner que les sculpteurs, les peintres et les graveurs sont eux les vrais avant-gardistes de votre vision qu’est le sacro-saint art visuel démontre, en fait, une vision bien arrêté, à la limite de la démagogie signé Radio-Poubelle made in Québec city. Vous souhaiteriez le retour à un certain pompiérisme que je ne serais pas surpris et cela à cause de vos arguments entourant moins l’œuvre de Tremblay que votre regard sur le travail des artistes québécois et des centres d’artistes qui avancent dans l’art « impure » depuis 25 ans.
La dernière phrase de votre article est une preuve, selon moi, de votre dégoût ou plutôt de votre ignorance en ce qui touche l’installation et ses créateurs. En citant les dadaïstes et surtout en osant citer Marcel Duchamp (du haut de son urinoir) criant au pastiche et au déjà-vu, vous démontrez clairement votre manque de connaissance face au sujet. Pourquoi, par manque de connaissance faut-il brouiller les cartes ? Pourquoi faut-il absolument, faute de documentation et de recherches, « planter » une œuvre, une forme d’art? Ne serait-il pas plus sain de ne rien écrire ou encore mieux, d’avouer sa perte de repère, son incapacité à décoder cette forme d’art ? Il est vrai qu’il est plus facile de « descendre » un sujet que de montrer de l’humilité…
Puis, en réaction au texte original qu'elle a lu sur le blogue de l'Interventionniste, voici maintenant le message qu'Andomède a rédigé. Ce texte a d'abord été écrit en guise de commentaire, puis a été publié par l'Interventionniste sur son blogue. Le voici maintenant pour le plaisir de vos propres yeux :
Ok par où commencer ???
L'historienne de l'art en moi est vraiment estomaquée ! Je veux d'abord préciser que je n'ai pas vu l'exposition et, en toute franchise je ne connais pas l'artiste Yves Tremblay. Cependant, comme la critique de M. Motulsky-Falardeau se permet de faire le procès de l'ensemble de l'art d'installation et de performances (qu'il semble d'ailleurs confondre!), je me permetterai donc de faire la critique de l'ensemble de son article.
Premièrement, parce que c'est selon moi la preuve la plus criante de l'ignorance de M. Motulsky, je voudrais préciser que, celui qui fait se retourner les artistes Dada dans leur tombe, est bien le journaliste lui-même ! Sachez monsieur que d'ajouter un "istes" a dada dans une critique qui se voulait, je crois, sérieuse, ne fait que démontrer votre méconnaissance d'un mouvement qui réclamait justement une coupure avec tous les "ismes" qui les précédaient ! Comme l'a écrit le réputé Yves Michaud avant moi, Dada représente le niveau zéro de l'art, dans cette optique vouloir l'assimiler, comme votre ignorance vous le fait faire, à une histoire de l'art historisiste tient pour moi de l'hérésie ! Mais bon, passons...
L'aspect de l'art de performance et d'installation que vous semblez le plus décrier se résume, je crois, dans leurs racines hybrides plongeant aux sources de multiples arts. Je ne sais comment témoigner de la stupidité d'une telle pensée, mais bon, puisqu'un exemple vaut mille mots, je voudrais que l'on se rappelle qu'à l'origine plusieurs des pièces de théâtre de Molière étaient entrecoupées de ballet. Le ballet Gisèle lui-même fut créer à partir d'un texte de Théophile Gauthier. La majorité des tableaux des peintres romantiques français et anglais représente les oeuvres littéraires d'Ovide, d'Homère et de Goethe pour ne nommer que ceux-là. Dois-je également vous rappeler que pendant très longtemps les décors d'opéra furent peints à la main? Et que dire d'Apollinaire pour qui la forme visuelle de ses poèmes était aussi importante que leur contenu ! A ce compte là, il ne doit y avoir que l'art de la Grèce antique pour trouver grâce à vos yeux !
L'hybridité en art, monsieur, est ce qui garde l'art vivant !
Vous vous demandez si ces "mélanges", comme vous les appelez, ne sont pas la raison pour laquelle le public reste indifférent... vous en reparlerez à Chardin, à Greuze, à Van Gogh, à Camille Claudel, à Marc-Aurel Fortin. Ceux-là non plus n'ont pas eu les faveurs du public de leur vivant et leur art n'avait rien de l'hybridité que vous reprochez aux performateurs et aux installateurs !
Maintenant tant qu'au procès que vous faite aux dirigeants du monde de l'art contemporain de Québec... je voudrais simplement vous souligner que l'artiste canadien (David Altmejd) représentant le Canada à la biennale de Venise cette année (juste la plus importante manifestation d'art contemporain au monde!) est un artiste dont les oeuvres sont des installations. L'art d'installation n'est pas uniquement issu de votre bonne ville de Québec, monsieur, il s'agit d'une forme d'art internationale. Je trouve très décevant que votre mépris de la rigueur innérante à un critique aie probablement découragé plusieurs de vos lecteurs de même seulement essayer de comprendre cette forme d'art qui est un fabuleux reflets de notre monde où les "mélanges" de toutes sortes sont chose courante !
Mais, peut-être que du haut de votre chaire, vous avez un problème avec ça aussi ?
Voilà ! Dans un premier temps Andromède n'aurait pas pensé que ce genre de texte pouvait être intéressant, mais à en croire l'Interventionniste, plusieurs commentaires positifs lui ont été faits concernant ce texte; c'est donc avec la gène propre aux "premières fois" que je le partage avec vous, en espérant ne pas vous avoir trop ennuyé avec tout ça !

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