Aujourd'hui Andromède a terminé ses recherches à la Bibliothèque des arts décoratifs. Et, sincèrement, elle aurait préférée que se soit sur une autre note...
Le dernier livre que j'ai tenu dans mes mains m'a donné de tels frissons de dégoûts que je souhaiterais presque qu'il n'ait pas croisé mon regard.
Pour vous mettre un peu dans le contexte, je travaille sur l'évolution de la représentation des femmes dans l'oeuvre de Georges de Feure. Ainsi donc, les bouquins concernant les femmes françaises au tournant du siècle dernier sont pour moi une mine de renseignements indispensable. Depuis mon arrivée à la bibliothèque, j'ai découvert une série d'écrits d'un auteur nommé Octave Uzanne. Celui-ci s'est beaucoup intéressé aux différents aspects de la vie féminine au XIXe siècle et, jusqu'à aujourd'hui, il m'était infiniment sympatique.
J'arrivais facilement à remettre dans le contexte la teneur de son discours et le trouvais passablement brillant lorsqu'il écrivait des choses telle que : "Le vêtement des femmes a presque toujours subi les mêmes variations que leur vertu". Dernièrement, il m'avait même profondément émue, lorsqu'en 1894 il avait pris le parti d'accuser le pouvoir étatique masculin de bien peu se soucier des conditions de vie des ouvrières parisiennes et d'ainsi forcer les femmes à la prostitution en n'exigeant pas une rétribution minimale et honorable pour leur travail.
Aujourd'hui, c'est donc avec plaisir que je retournais me plonger dans La Femme à Paris, nos contemporaines; notes successives sur les Parisiennes de ce temps dans leur divers milieux, états et conditions. Le chapitre qui devait retenir mon attention portait sur les femmes artistes : littérateures, actrices, danseuses. Oui, oui, vous avez bien lu : littérateures. Qui s'adonne à la littérature, pas écrivaines, non. Parce que pour être écrivain, il faut du génie. Et il est bien connu que les femmes en sont dépourvues. Seuls les hommes ont accès au génie, car pour être génial il faut pouvoir vivre dans la solitude, ce qu'une femme ne saurait faire puisque sa survie dépend en tout temps des autres, que se soit parce qu'elle est mère de, fille de ou femme de.
Et les exemples que la littérature passée nous a fourni? Mme de Scudéry était une vérue dans l'histoire littéraire, Mme de Sévigné n'écrivait que des lettres, Mme de Lafayette se faisait dicter par le duc de La Rochefoucauld et George Sand, lorsqu'elle avait du génie, le volait à Chopin ou à Musset. En effet, il est de notoriété publique que lorsqu'une femme se met à réfléchir et à argumenter, elle devient un homme et perd son sexe... La preuve, tous les écrivains vivant avec des littérateures étaient soit poussés au suicide par celles-ci ou deveniennent invertis.
La preuve ultime que la femme ne pouvait atteindre au génie ou le volait le cas échéant : y en avait-il une seule pour compétitionner avec Michel-Ange, Mozart ou Darwin ?
Je pense que c'est ce dernier argument qui m'a achevé. Parce que je me rappelle ma mère me racontant que, dans les années 60 au Québec, c'était ce genre de discours qu'on servait aux femmes : "S'il y avait des génies femmes ça se saurait !"
Je m'arrête un instant. MA MERE. Pas une arrière-bisaïlleul, pas ma grand mère, non, ma mère. Creusez un peu au tour de vous. Elle ne date pas de Mathusalem ma maman, non non, c'est juste une babyboomer qui a récité le Chapelet en famille avant d'écouter du Léo Ferré.
Ma mère, et probablement celle de Persée, et probablement la vôtre aussi, qui a vécu à une époque où les femmes étaient certainement moins intelligentes que les hommes, puisque si elles l'étaient autant ça se saurait !
Et après ça, je dois endurer les filles de ma génération qui disent que les féministes sont des femmes frustrées qui polarisent la situation hommes/femmes et qu'à force de revendications on va finir par émasculer les hommes. Ca ne leur suffit pas que l'humanité leur ait déniée une âme jusqu'à dernièrement ? Ca ne leur suffit pas d'avoir des droits légaux depuis à peine 40 ans au Québec ? Ca ne leur suffit pas que la bataille de nos mères reste encore à être menée dans 90% des pays de la planète?
Ont-elles oublié qu'on excise encore aujourd'hui ? Ont-elles oublié les infanticides des filles dans les pays où l'on régule les naissances ? Ont-elles oublié que le gouvernement québécois à réglé CETTE ANNEE l'écart salarial entre ses employés masculins et féminins ?
Savent-elles qu'au Québec des groupes masculinistes prennent en otage le système de justice et obligent des femmes à taire leur opinion sous peine d'être poursuivie en Cour ? Savent-elles que la Cour suprême des Etats-Unis a dernièrement légiféré pour l'illégalité des avortements tardifs? Savent-elles que les trois grandes religions monothéistes de la planète prônent la soumission des femmes à leur mari ?
Réalisent-elles la précarité de la situation ?
Personnellement, je pense qu'après 20000 ans de domination, l'homme occidental va être capable de passer à travers une petite crise d'identité à l'aube du 21e siècle... et que ce n'est certainement pas à nous d'abandonner une tâche à peine commencée par peur d'en traumatiser quelques uns.
Je sais pas pour vous, mais pour moi, le clitoris d'une québécoise vaut le clitoris d'une somalienne et tant qu'il sera impur pour une iranienne de montrer ses cheveux, je prendrai bien soin que ma future fille n'oublie pas la lutte de ses grand-mères pour le droit à la contraception, à l'avortement et surtout à un cerveau génial !
Pourquoi je suis féministe ce soir?
Pour ça ! Pour que mon cerveau est le droit d'être aussi génial que celui d'un homme si ça lui chante !
Le dernier livre que j'ai tenu dans mes mains m'a donné de tels frissons de dégoûts que je souhaiterais presque qu'il n'ait pas croisé mon regard.
Pour vous mettre un peu dans le contexte, je travaille sur l'évolution de la représentation des femmes dans l'oeuvre de Georges de Feure. Ainsi donc, les bouquins concernant les femmes françaises au tournant du siècle dernier sont pour moi une mine de renseignements indispensable. Depuis mon arrivée à la bibliothèque, j'ai découvert une série d'écrits d'un auteur nommé Octave Uzanne. Celui-ci s'est beaucoup intéressé aux différents aspects de la vie féminine au XIXe siècle et, jusqu'à aujourd'hui, il m'était infiniment sympatique.
J'arrivais facilement à remettre dans le contexte la teneur de son discours et le trouvais passablement brillant lorsqu'il écrivait des choses telle que : "Le vêtement des femmes a presque toujours subi les mêmes variations que leur vertu". Dernièrement, il m'avait même profondément émue, lorsqu'en 1894 il avait pris le parti d'accuser le pouvoir étatique masculin de bien peu se soucier des conditions de vie des ouvrières parisiennes et d'ainsi forcer les femmes à la prostitution en n'exigeant pas une rétribution minimale et honorable pour leur travail.
Aujourd'hui, c'est donc avec plaisir que je retournais me plonger dans La Femme à Paris, nos contemporaines; notes successives sur les Parisiennes de ce temps dans leur divers milieux, états et conditions. Le chapitre qui devait retenir mon attention portait sur les femmes artistes : littérateures, actrices, danseuses. Oui, oui, vous avez bien lu : littérateures. Qui s'adonne à la littérature, pas écrivaines, non. Parce que pour être écrivain, il faut du génie. Et il est bien connu que les femmes en sont dépourvues. Seuls les hommes ont accès au génie, car pour être génial il faut pouvoir vivre dans la solitude, ce qu'une femme ne saurait faire puisque sa survie dépend en tout temps des autres, que se soit parce qu'elle est mère de, fille de ou femme de.
Et les exemples que la littérature passée nous a fourni? Mme de Scudéry était une vérue dans l'histoire littéraire, Mme de Sévigné n'écrivait que des lettres, Mme de Lafayette se faisait dicter par le duc de La Rochefoucauld et George Sand, lorsqu'elle avait du génie, le volait à Chopin ou à Musset. En effet, il est de notoriété publique que lorsqu'une femme se met à réfléchir et à argumenter, elle devient un homme et perd son sexe... La preuve, tous les écrivains vivant avec des littérateures étaient soit poussés au suicide par celles-ci ou deveniennent invertis.
La preuve ultime que la femme ne pouvait atteindre au génie ou le volait le cas échéant : y en avait-il une seule pour compétitionner avec Michel-Ange, Mozart ou Darwin ?
Je pense que c'est ce dernier argument qui m'a achevé. Parce que je me rappelle ma mère me racontant que, dans les années 60 au Québec, c'était ce genre de discours qu'on servait aux femmes : "S'il y avait des génies femmes ça se saurait !"
Je m'arrête un instant. MA MERE. Pas une arrière-bisaïlleul, pas ma grand mère, non, ma mère. Creusez un peu au tour de vous. Elle ne date pas de Mathusalem ma maman, non non, c'est juste une babyboomer qui a récité le Chapelet en famille avant d'écouter du Léo Ferré.
Ma mère, et probablement celle de Persée, et probablement la vôtre aussi, qui a vécu à une époque où les femmes étaient certainement moins intelligentes que les hommes, puisque si elles l'étaient autant ça se saurait !
Et après ça, je dois endurer les filles de ma génération qui disent que les féministes sont des femmes frustrées qui polarisent la situation hommes/femmes et qu'à force de revendications on va finir par émasculer les hommes. Ca ne leur suffit pas que l'humanité leur ait déniée une âme jusqu'à dernièrement ? Ca ne leur suffit pas d'avoir des droits légaux depuis à peine 40 ans au Québec ? Ca ne leur suffit pas que la bataille de nos mères reste encore à être menée dans 90% des pays de la planète?
Ont-elles oublié qu'on excise encore aujourd'hui ? Ont-elles oublié les infanticides des filles dans les pays où l'on régule les naissances ? Ont-elles oublié que le gouvernement québécois à réglé CETTE ANNEE l'écart salarial entre ses employés masculins et féminins ?
Savent-elles qu'au Québec des groupes masculinistes prennent en otage le système de justice et obligent des femmes à taire leur opinion sous peine d'être poursuivie en Cour ? Savent-elles que la Cour suprême des Etats-Unis a dernièrement légiféré pour l'illégalité des avortements tardifs? Savent-elles que les trois grandes religions monothéistes de la planète prônent la soumission des femmes à leur mari ?
Réalisent-elles la précarité de la situation ?
Personnellement, je pense qu'après 20000 ans de domination, l'homme occidental va être capable de passer à travers une petite crise d'identité à l'aube du 21e siècle... et que ce n'est certainement pas à nous d'abandonner une tâche à peine commencée par peur d'en traumatiser quelques uns.
Je sais pas pour vous, mais pour moi, le clitoris d'une québécoise vaut le clitoris d'une somalienne et tant qu'il sera impur pour une iranienne de montrer ses cheveux, je prendrai bien soin que ma future fille n'oublie pas la lutte de ses grand-mères pour le droit à la contraception, à l'avortement et surtout à un cerveau génial !
Pourquoi je suis féministe ce soir?
Pour ça ! Pour que mon cerveau est le droit d'être aussi génial que celui d'un homme si ça lui chante !